dimanche 4 avril 2021

sagesses

- Tout ce que tu possèdes te possède, dit la sagesse bouddhiste.

- Mais si tu ne possèdes rien, ce rien ne cesse de te posséder...

- Ce rien ?

- Ce rien, c'est-à-dire... tout ce qu'ont les autres.

- Donc que je possède ou que je ne possède rien, tout ce qui se possède me possède ?





© Echanges avec Clarence S*

lundi 25 janvier 2021

à la Poste

- Bonjour, mademoiselle La Poste !

- Madame.

- Madame ? Ah pardon, je ne pensais pas que, aussi jeune, vous vous fussiez déjà mariée. Et je n'ai pas vu votre alliance.

- Vous ne l'avez pas vue parce que je n'en ai pas. Et que je ne suis pas mariée.

- So ?

- So.

- So pourquoi vous...

- Parce que.

- Très bien, OK, c'est votre droit, je n'insiste pas.

- Monsieur, non seulement c'est mon droit, mais c'est votre devoir. Il vous est désormais interdit d'employer le terme de mademoiselle avec une personne du Service public.

- Absurde. Vous avez été privatisée.

- Non monsieur, il n’y a aucune privatisation de La Poste, qui est une entreprise à 100 % publique, détenue par l’Etat et la Caisse des dépôts.

- Ah ?! Ravi de l'apprendre. Bravo. Cela dit, je me demande pourquoi vous... enfin, je...

- Parce que ! Par esprit de justice. Pourquoi les monsieurs célibataires peuvent-ils se cacher parmi les monsieurs mariés alors que les mademoiselles célibataires ne pourraient pas se réfugier parmi les madames mariées ?

- C'est vrai... Mais... En fait, ça s'explique... Parce que ce sont les hommes, non point les femmes, qui font les demandes en mariage. Alors il faut bien qu'ils puissent distinguer les célibataires des mariées !

- ... Hum... Bien vu. C'est logique.

- Vous êtes intelligente, logique, tolérante ; vous ne voulez pas avoir raison à tout prix donc vous n'êtes pas dogmatique ; vous êtes vive et jolie ; habile en finances publiques et en actionnariat étatique.

- So ? Que voulez-vous, monsieur ?

- Madame La Poste, je

- Allons, appelez-moi Simone.

- Simone, est-ce vrai que "Tout le monde rêve d'avoir une piscine" ?

-... Oui, c'est vrai. Mais tout le monde n'a pas envie de se mouiller, et personne n'a envie de se noyer.

- Ah Simone, Simone ! Vous me donnez envie de plonger !!

- Plongez, plongez, monsieur.

- Eh bien, Simone, eh bien... appelez-moi mademoiselle, je

- Ah ! D'accord... Je vais chercher mon collègue.

- Vous seriez... ?

- Pas du tout, alors là, pas du tout. Au contraire. Je vais le chercher car j'ai l'impression qu'il vous fera bientôt une demande en mariage, mademoiselle !

- Mais non ! Attendez... Simone ! SIMONE !! C'est malin, elle est partie. J'aurais mieux fait de me taire... C'était juste par esprit de justice.

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© Philippe Dohy, Paris, lundi 25 janvier, 12h.


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© Downton Abbey

dimanche 24 janvier 2021

Philippe Dé‚ Être humain.

- Philippe Dé‚ Être humain ?

- Oui, je sais, mais bon... pourquoi pas ?

- Vous voulez encore essayer un truc, quoi ?!

- Exactement. Essayer un truc. Il y en a bien un qui finira par marcher.

- Marcher, marcher ! Vous ne cessez de courir de l'un à l'autre ! Pourquoi vous n'essayez pas plutôt de rester sur place et de creuser, creuser. Si vous restez toujours en surface, eh bien ma foi, vous serez toujours superficiel.

- Je m'en fiche pas mal d'être superficiel, je

- Vous vous en fichez pas mal d'être superficiel ?! Ah non, le culot ! A une époque où tout le monde essaie d'être profond ?!

- Haha ! De la profondeur ! Hahahaha. Aujourd'hui ? De la profondeur ?

- Pourquoi pas ?! Tout le monde rêve d'avoir une piscine.

- Hum... Non, vous voyez, si j'essaie des trucs, c'est pour me sauver.

- Seigneur, sauvez-le !

- Oui, voilà... me sauver du langage, peut-être avec le langage, je ne sais pas, j'essaie des trucs. "Je est un autre", mais qui ?

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© Philippe Dohy, Paris, dimanche 24 janvier, 11h.


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© Downton Abbey

jeudi 31 décembre 2020

Enfin compris ?

Il y a langage et langage, il y a mot et mot.

Et que pourriez-vous avoir enfin compris ?

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mercredi 2 décembre 2020

Exclusivité mondiale, interview du Covid19.

Mesdames et Messieurs, chers spectateurs.trices, amis journalistes, journellement sollicités par l’actualité,

J’ai une importante communication à vous faire, une covidication de taille. Une coronication d’envergure.

Je m’explique.

J’ai été convoquée manu medicinali par Sa Majesté Coronavirus et son associée Covid dix-neuf.

Comme tous les documents, captations, reportages, interviews ont été égarés - si ce n’est détruit - comme tous les témoins ont disparu, happés dans la tourmente médiatique et médiatisée, je vais tâcher de vous rapporter les quelques bribes dont je me souviens de cet entretien au sommet.

Heu… en fait, je ne me souviens pas de grand-chose car il y avait trop de choses pour que je m’en souvienne. Mais j’ai retenu l’essentiel :

Covid and co sont étonnés, stupéfaits. Mais aussi peinés, vexés et mortifiés par vos manies de classification, vos réflexes de catégorisation, votre obsession de hiérarchisation. Votre maladie de nomenclature et de rangement.

Les deux cocos, Corona et Covid, sont déçus par la propension humaine à tout stigmatiser.

Mais dans sa folie de tout classifier, l’être humain a omis le principal, surtout en France. Soyons précis : Covid en a marre d’être un coup masculin, un coup féminin. Du coup, il.elle ne sait plus où habiter. Il.elle se sent confondu.e. Désorienté.e, il.elle frappe au hasard, avec maladresse. Changer de sexe ou de genre, selon les individus qui parlent de vous, avouez qu’il y a là de quoi perdre son latin.

Alors, Covid, appuyé.e dans sa démarche par son géniteur, Corona, a décidé de porter plainte. L’être humain va être traîné, dans un premier temps, devant les tribunaux, pour atteinte à intégrité physique et, même, morale.

Les deux cos, ces cocos, ont décidé de mettre au point une stratégie d’attaque, et ils m’ont demandé d’ores et déjà de vous en faire part.

Pour commencer, Covid veut obtenir le statut de neutralité. Il refuse tous vos articles sexués, qui sont désuets. Covid exige l’article neutre, comme en Allemagne, le « das », bien différencié du « der » ou du « die ».

Covid ne veut plus être appelé ni le Covid ni la Covid. Covid, ne se faisant aucune illusion sur les capacités d’invention de l’être humain, se propose « de soi-même » de vous faire quelques suggestions au sujet de son futur article.

Et c’est à moi qu’il est dévolu la mission de vous faire l’article.

Covid aimerait se faire appeler ly Covid. Pourquoi ly avec un y bien grec ?

Parce que l’y grec possède deux jambes, et de ce fait, on peut imaginer une juste répartition du genre, entre une jambe féminine et une jambe masculine, ce qui couperait court à tous les problèmes de parité ou même de discrimination.

Pour ce qui est des qualificatifs, Covid accepte d’être qualifié, mais à une condition, très intrusive… Covid veut être inclusif… inclusive… bref, Covid exige l’inclusion totale.

En résumé, ly Covid demande à être adopté.e dans sa nouvelle entité. Ly souhaite que sa nouvelle identité soit reconnue par le peuple français. Ly exige que son nouveau signalement soit entériné.e par l’Académie française. Ly ordonne que sa souveraineté soit admise par le gouvernement français.

Enfin, au niveau mondial, ly Covid vous emmerde parce que de toutes façons, ly aura raison de vous tous. Mais ly veut y mettre les formes. Par déontologie médicinale et médicamenteuse. Sans mentir, parce que son ramage se rapporte à son plumage, ly est le futur Phénix des hôtes de cette terre.

Vive ly Covid - et merci à Corona de nous avoir aidé avec sa logistique de communication et de propagation, même si cette dernière a été quelque peu modifiée et déformée dans le feu de l’action. Mais l’essentiel ne réside-t-il pas dans la fin et non dans les moyens ?

C’est ainsi que, Mesdames et Messieurs, chers spectateurs.trices, amis journalistes, journellement sollicités par l’actualité, je vous remercie d’être venus ici vous renseigner, pour pouvoir, à votre tour, contaminer, pardon, je veux dire informer le reste de la population qui meurt d’impatience de connaître les dernières nouvelles de la solution finale qui mettrait un terme à la situation globale.

Chacun pour soi, et Cocos à gogo !

Nicole Desjardins

1er décembre 2020

jeudi 12 novembre 2020

Nouveaux maux, nouveaux mots.

Attendre que quelqu’un ouvre la porte du métro pour ne pas y toucher soi-même > opportuniser.

Coller partout des bandes de délimitation périmétrale > empérimétrer.

Dégainer attestation et dérogation pour montrer patte blanche > pattiblancher.

Grouper ses sorties sur une attestation d’une heure et d’un km > kiloptimiser ou trafictoirer.

Patienter en ruminant > rumipatienter.

Parler derrière un masque > mâcher ses maux.

Enlever son masque pour tousser > détroussoter.

Se laver les mains devant les commerces sur le trottoir > se lavitrotter.

Passer son temps à se laver les mains au moindre contact avec des êtres ou des objets > se désinfictionnaliser.

Ne pas avoir d’autre choix que d’acheter un produit parce qu’on l’a manipulé > se faire achoipiéger.

Découvrir les richesses et les possibilités de l’informatique à distance > s’écranciper.

Détourner la tête en présence de tiers pour ne pas croiser leur souffle > désespirer
.

Se débarrasser d’une trottinette de location éphèmère > se détrottiner.

© Nicole Desjardins

(A la manière de "Le Baleinié, dictionnaire des tracas", de Murillo, Leguay et Oestermann ; au Seuil, 2005)

dimanche 8 novembre 2020

Discours court.

A la télévision ce soir, nouvelles consignes covidesques, par un ministre qui remplace le président fiévreux, malade et alité.

Chers cons… compatriotes,

Complices, please, écoutez-moi,

Chers cons…vives, vive la République !

Chers cons… condisciples,

C’est avec discipline et subornation, je veux dire subordination, que me voici déjanté… diligenté, pour vous enfoncer… vous informer, vous entuber, je veux dire pour vous enturlupiner.

Turlupinés, nous le sommes tous par les derniers événements. Et vainement, votre gouvernement a dû mettre en place beaucoup d’audace pour partir à la chasse de ce virus dégueulasse.

Car il l’est, fi de la langue de bois, qui, d’ordinaire, nous laisse cois, enfin, surtout vous, ma foi.

L’autre fois, c’est le patron qui vous a parlé. Ce n’est pas pour me vanter, mais c’est moi qui avais rédigé son élocution. Et il était si satisfait de son élocution qu’il avait promis de me renvoyer l’ascenseur. Mais voilà, il est resté coincé dedans.

C’est pourquoi, c’est moi, son sbire qui suis devant vous, ce jour. Bien entendu, il s’agit là d’une exception, loin de moi l’idée de prendre la place du grand chef, il est hors de question de tomber dans la spirale des sous-fifres.

Si notre vénérable, notre honoré père de la nation m’a fait l’honneur de me reléguer, je veux dire de me déléguer, auprès de vous, c’est qu’il a, et je n’en pense pas moins, une fière opinion de vous.


J’ai opiné du chef en apprenant la décision de la direction. Une direction est toujours bonne à suivre quand elle est bien indiquée.

J’ai d’ailleurs, ici, devant moi, plusieurs index de bonne conduite qui sauront, mieux que moi, vous donner le bon exemple de la marche à suivre. Une bonne marche en avant est le symptôme évident d’une bonne direction. Ceux qui prendraient le parti de reculer seraient immédiatement mis à l’index.

A propos d’index, je vais poser le mien sur les statistiques. Comme vous le savez déjà, à cause des différentes fuites, que j’ai d’ailleurs moi-même initiées, pour cause d’incontinence primaire, les statistiques sont statistiquement nulles. Nulles de chez nulles. Donc équivalentes à zéro. Zéro chiffre, zéro. Zéro blabla, zéro tracas.

Voilà, CQFD, rentrez chez vous, braves gens. Oyez, oyez, ouille, ouille, ouille. Croyez-moi, sauvez ce qui peut encore l’être. Sauvez-vous. Sauve qui peut ! Sauve qui veut. Personnellement, je m’en fiche. Faites ce que vous voulez, mais restez chez vous, ce sera plus facile à gérer.

Comme dit l’adage : pour vivre heureux, vivez cachés. Pour mourir heureux, mourez cachés.

Et il n’y paraîtra rien. Ce que l’on ne voit pas n’existe pas.

Chers cons, chers concitoyens, soyons concis, soyons dignes de nos doyens, je veux dire soyons dignes de nos moyens. Aux grands maux, les grands moyens. Au bas mot, les moyens excusent la fin. A toutes fins utiles, je clôturerai donc ce début, ce débat, ce débit, bref, ce beau… rebut par une rebuffade : tous aux abris.

Abracadabra, et tout ce qui s’en suivra.

Amen.

© Nicole Desjardins

Discours court

Contraintes du jeu

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samedi 7 novembre 2020

les élections US vues du Kenya

Antoine Droux ➡️ @antoinedroux · 10h Il est incroyable ce journaliste de Nairobi qui twitte depuis des jours en se basant sur le vocabulaire typique que les rédactions occidentales utilisent trop souvent pour parler de l’Afrique. #Election2020

gathara @gathara · 10h

  • Le chef de l'opposition vieillissant et ancien vice-président, Joe Biden, est sur le point d'être déclaré vainqueur d'élections contestées dans la nation nord-américaine des États-Unis, qui possède d'abondantes ressources naturelles mais est malheureusement en proie à de profondes animosités ethniques et à une élite rapace et corrompue .

< Aging opposition leader and former vice-president, Joe Biden, is set to be declared winner of disputed elections in the north American nation of USA, which has abundant natural resources but is sadly plagued by deep ethnic animosities and a rapacious, corrupt elite.

Antoine Droux ➡️ @antoinedroux · 3h Celui là est énorme :

gathara · 3h @gathara

  • Le Kenya demande au Sommet d'urgence des chefs d'État de l'Union Africaine de discuter de la détérioration de la situation aux États-Unis, où des élections présidentielles honteuses menacent de déclencher une guerre civile dans le nord de l'Amérique, divisé ethniquement, ravagé par la maladie et dans une situation perdue sur le plan économique et politique.

< Kenya requests emergency Summit of AU Heads of State to discuss the deteriorating situation in the US, where shambolic presidential elections are threatening to ignite civil war in north America's ethnically divided, disease-ravaged, political and economic basket case.

mercredi 4 novembre 2020

Chère amie de l'an 2.000.000,

Paris, France, nuit du 3 au 4 novembre 2020.

Election du président des Etats-Unis, "Potus".
Bifurcation dans la Théorie des catastrophes.

  • 02h40 - Je me sens mal. J'ai le ventre noué.

Trump va emporter la Floride. Comme le dit Fabienne Sintes à la radio, sur France Inter, on est douché. Si Joe Biden l'avait gagnée, son élection comme 46ème président des USA aurait été plus assurée. Flippant.

Si Trump était réélu, dans le contexte géopolitique actuel de tensions guerrières et dictatoriales croissant, c'est allumer la mèche de grandes déflagrations mondiales.

Bon, rien n'est encore joué, mais la route est plus dure. De plus, Trump s'est révélé l'allié objectif du dangereux coronavirus covid-19, et ensemble, ils ont déjà tué 233.000 personnes aux Etats-Unis.

Dans la Théorie des catastrophes de René Thom, brillant mathématicien décédé en 2002, la bifurcation est ce moment d'un événement où plus rien n'est prévisible, où tout peut aller au mieux ou au pire.

  • 04h15 - Je tombe de sommeil.

Mais je n'ai pas envie de dormir pendant que le monde tombe, j'exagère à peine. Car si vous ne recevez pas ce mail dans le temps, ce sera à cause de ce dangereux imbécile qui aura déclenché une guerre nucléaire totale par susceptibilité narcissique.

J'ai été reprendre quelques forces en buvant un verre de "Ce lait rémunère au juste prix son producteur" de "C'est qui le patron ?! La marque du consommateur Bon et responsable".

La poussée de Trump devient plus vive dans plusieurs Etats clés, les swing States, qui changent de majorité assez souvent. Et jusqu'à présent, les Démocrates n'ont gagné qu'un siège de sénateur. Or, ils devraient en gagner trois au moins, si Biden gagnait, pour pouvoir gouverner réellement.

Comme l'écrit lemonde.fr : "Pour renverser la situation, les démocrates doivent donc conquérir quatre sièges, ou bien seulement trois si la sénatrice Kamala Harris, colistière de Joe Biden, est élue vice-présidente et donc présidente du Sénat. Le détenteur de ce poste (qu’aucune femme n’a occupé jusqu’à présent) dispose en effet du privilège par son vote de surmonter un blocage d’une Chambre haute divisée en deux blocs de 50 voix."

Trump a tué des dizaines de milliers de personnes par sa stupidité et sa cupidité. Il détruit les gens, la planète, etc. Supporter cet individu inculte et vulgaire pendant quatre ans de plus ? Quelle horreur. Comme s'il y avait un fou avec un couteau dans la pièce d'à-côté ? Je n'ai plus le ventre noué, je n'ai plus de ventre, je n'ai plus que des noeuds.

  • 05h25 - HAAAA, enfin une bonne nouvelle !!

Biden emporterait l'Arizona, traditionnellement républicain, 11 grands électeurs.

Ça y est. C'est confirmé par Fox News, la chaîne de droite extrême, préférée par Trump.

  • 05h30 - Horrible, je crains que ce ne soit fichu.

D'après les projections de CNN, Trump est nettement en avance dans le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie. Certes, il reste le décompte des voix par correspondance. Mais s'il les emportait, il gagnerait. C'est fou. Je me retrouve dans la même incrédulité qu'il y a quatre ans. J'avais étiré la nuit le plus possible, finissant péniblement mes valises pour le Portugal, accablé par les résultats d'alors et le sommeil. Les sondages, les sondages ! Les sondages donnaient 93% de chances à Hillary Clinton de l'emporter. Cette fois-ci aussi, exactement pareil : 93% de chances pour Biden.

"On croit ce qu'on désire" disait déjà Jules César.

Au secours, chère amie. Si vous voulez vivre, ressuscitez-nous !

  • 06h40 - Je n'en peux plus. L'angoisse me terrasse et me fait pâté.

Dernières nouvelles. Biden n'a peut-être pas gagné l'Arizona (11 grands électeurs). Mais il va peut-être gagner la Georgie (16).

Et en France, il y a de plus en plus de morts du coronavirus, plus de 850 en 24h et plus de 36.300 contaminations dans le même temps.

  • 06h50 - Le chaud et le froid, l'espoir ou la colère.

Biden fait une déclaration en public, il pense pouvoir encore gagner le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, ce qui lui donnerait plus de 280 grands électeurs, alors qu'il n'en faut que 270 pour gagner. Mais qu'il faut attendre les résultats officiels.

Aussitôt après, Trump twitte être largement en avance et qu'il ne laissera pas se laisser voler l'élection. Tout ce qu'il faut pour attiser les tensions...

  • 07h - Cool, cool, zen, zen.

"L'alimentation des vaches est garantie saine et de qualité, sans OGM (<0,9%) ce qui n'est pas tout à fait sans,..., les vaches pâturent 3 mois minimum dans l'année, les fourrages sont locaux et le producteur reçoit une juste rémunération pour son travail."

samedi 31 octobre 2020

Bonne nouvelle.

- J’ai une bonne nouvelle.

- Quelle bonne nouvelle !

- Tu veux dire : Quelle bonne nouvelle ?

- Non. Quelle bonne nouvelle ! Exclamation. Pas interrogation.

- Ah. Donc, tu t’en fiches !

- Je me fiche de quoi ?

- De connaître la nouvelle ?

- Bien sûr que non. Mais avant de savoir, j’apprécie cet instant rare, l’instant où je pense que la bonne nouvelle en est vraiment une, et où je ressens la même excitation que l’enfant qui ouvre le paquet-cadeau avant d’être définitivement déçu.

- Déçu ! Mais pourquoi serais-tu déçu ?

- Parce que le degré d’importance des bonnes nouvelles n’est pas le même pour tout le monde. Ce que tu estimes être une bonne nouvelle ne l’est peut-être pas pour moi.

- Une bonne nouvelle qui me concerne te concerne forcément, non ?

- Détrompe-toi !

- Comment ça ? Je croyais que nous faisions cause commune !

- Cause commune ! Cause commune ! Mais ça n’existe pas !

- C’est toi qui me dis ça ! On a acheté cet appartement ensemble, on s’est mariés, et maintenant, tu me dis que ça n’existe pas, les causes communes, le partage, la communauté?!

- Un individu n’est lié à un autre que dans la mesure où cela lui apporte un bénéfice quelconque. Je ne me fais aucune illusion sur le degré d’égocentrisme du genre humain.

- Je rêve ! Tu m’accuses de n’être avec toi que par intérêt !

- Voilà encore une preuve d’égocentrisme : qui te dit que je parle de toi ?! Non, je parle de moi.

- Tu n’es avec moi que par intérêt ?!

- Moi, toi, lui, nous. Nous sommes tous ensemble par intérêt.

- Tous ensemble, tous ensemble ! Moi, je ne veux pas être tous ensemble avec tout le monde. Moi, je veux être avec toi, c’est tout.

- Moi, moi, moi. Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai de plus que le voisin, après tout ?

- Le voisin ?! Mais beaucoup plus que le voisin, beaucoup plus !

- Voilà ! CQFD ! A tes yeux, je présente plus d’avantages que le voisin.

- Ok. Mais si tu veux, je peux te prouver que je suis une femme particulièrement désintéressée.

- Ah ! voilà une bonne nouvelle !

- Ravie que cela te plaise !

- Bien sûr ! On le serait à moins.

- Soit ! Dans ce cas, oublie la première bonne nouvelle que je voulais t’annoncer !

- Pourquoi ?

- Parce qu’elle était collective. Je veux dire qu’elle nous concernait tous deux.

- Et alors, elle ne nous concerne plus tous deux ?

- Non, car je vais aller m’installer chez le voisin.

© Nicole Desjardins

http://www.cievuesurjardin.com/

https://www.change.org/p/m-franck-riester-ministre-de-la-culture-sauvons-l-atelier-rl

http://eurodram.org/

https://www.auteursdanslespacepublic.fr/

http://www.eatheatre.fr/

mercredi 9 septembre 2020

Le genou de Claire

- Alors cela vous fait… 26 semaines de retard pour 10 ouvrages donc… c’est facile : 260 € d’amende. J’espère que vous avez pris votre carnet de chèques ?

- Excusez-moi. Mademoiselle ? Mademoiselle… J’étais en voyage. Je suis sincèrement désolé. J’ai entendu tous vos messages hier, ceux que vous avez laissés sur mon répondeur. Je suis confus, je vous assure. Si j’avais su… Mais j’ai une excuse…

- 26 semaines ! Il ne peut pas y avoir d’excuse ! J’applique simplement le règlement de la bibliothèque. Convenez que ce n’est pas respectueux pour les autres lecteurs. Si tout le monde faisait comme vous ! Des lectrices ont peut-être eu besoin de certains ouvrages que vous déteniez. Je dis « peut-être » mais je le sais. Barthes, par exemple, Fragments d’un discours amoureux, on l’a demandé cinq fois ce mois-ci! Et vous osez dire que vous étiez en voyage ! Pardon mais vous êtes gonflé quand même. 10 ouvrages de littérature et de philosophie, c’est… de la séquestration ! J’espère que vous avez pris votre carnet de chèques ?

- Vous êtes si charmante quand vous vous emportez ! Le rose là sur vos joues, cela vous donne un air de Fragonard. « Les hasards heureux de l’escarpolette ». Vous connaissez ce tableau j’imagine? Le rose rebondit sur l’étoffe de la robe qui se soulève délicatement… Vous avez entièrement raison. Je suis tout à fait fautif. Mea Culpa ! Mais vous faites fausse route si je puis me permettre. Je n’ai pas abandonné ces 10 livres à Paris pendant que je partais admirer la grande bleue à Capri… Non, je me suis enfermé dans ma chambre, j’ai besoin de m’isoler pour écrire. Mon voyage est intérieur. Je pars en écriture. Vous ne pouvez que comprendre cela Claire. Ces 10 livres sont mon viatique, j’ouvre le matin des paysages qui dessinent la pente que je vais prendre.

- Je ne m’appelle pas Claire monsieur. Je ne sais pas quelles salades vous voulez me servir mais je tiens à vous dire que tout ce que vous me débitez ne m’intéresse pas le moins du monde. Et d’ailleurs, si vous continuez ainsi, je me verrai dans l’obligation d’appeler le responsable.

- Savez-vous pourquoi on emprunte des livres ? Pour lire, pour écrire, ou pour d’autres raisons encore… Voilà pourquoi vous êtes Claire sur son escarpolette, lançant malicieusement son soulier en l’air tandis qu’elle découvre une jambe fine, de sa cheville à son genou. Si vous étiez un film, vous seriez Le genou de Claire, hautaine et charmante, sûre de vous et insolente.

- Ne vous faites pas d’illusions, vous n’aurez pas d’autre solution que de payer les 260 euros. Mais je tiens cependant à vous informer que vous auriez pu prolonger le prêt – ça se fait de manière informatique, sans même vous déplacer. Mais aujourd’hui, je ne peux plus vraiment rien faire pour vous. Je suis désolée… C’est informatisé, vous êtes fiché. Si vous ne payez pas, vous serez condamné. Vous risquez la prison, vous le savez ? Ce serait dommage quand même…

- Merci de vous soucier ainsi de moi Claire. Ne vous en faites pas, bien sûr que je vais vous payer. 260 euros, ce n’est pas si cher après tout pour la scène finale que vous offrez à mon roman. Mon carnet de chèque… Mince. Où est mon carnet de chèque ?

© Rafaëlle Jolivet,
9 septembre 2020

mercredi 26 août 2020

C'est bien.

Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, sans oublier les enfants, bonjour !

Je vous parle du rayon cuisine près des casseroles avec mon mégaphone, une excellente protection contre la Corona entre parenthèses. Je vous invite à venir me rejoindre. J’ai un tas de choses utiles, oui très utiles à vous dire. Il est capital que vous m’entendiez. Vous avez bien entendu : CAPITAL.

Mon ami le directeur de ce super marché Monsieur Angelopoulos m’a autorisé à tenir ce… cette disons, cette petite conférence qui n’en n’est pas une d’ailleurs. Disons cette allocution improvisée. Je vous invite à venir me rejoindre. Je pourrais vous vendre quelque chose d’évidemment extraordinaire et surtout de parfaitement inutile ; je pourrais vous promettre de vous donner un tas de choses elles aussi totalement inutiles ; je pourrais vous faire une pub détournée pour une marque connue et inutile. Ce n’est pas le cas. Pas du tout. Si c’est le cas traitez-moi de menteur. Injuriez- moi, même  ! Battez –moi ! Je l’ai promis à Angelopoulos. Rien à vendre, rien à donner. Ou plutôt tout à donner mais rien, rrrien, rrrrien de matériel ! Que des sentiments, de beaux sentiments, des émotions, de belles émotions , de la beauté, de la belle beauté, j’espère, de l’espoir j’espère, des perspectives j’espère, des ouvertures j’espère. De belles ouvertures sur l’ailleurs. Sur le rêve j’espère ! Venez m’écouter. Simplement écoutez un homme simple, tout simple, basique, un homme quoi ! Un homme de la rue. Un quelconque… c’est moi. Alors cet homme banal un jour se décide. Il prend son tabouret et son mégaphone, se dirige vers le super marché ami du coin de sa rue, pour rende la parole, dire ce qu’il a sur le cœur. Vous parlez à vous, ceux qu’il ne voit même pas quand il vient faire ses achats. Mais cette fois il veut les voir vraiment, leur parler vraiment. De cœur à cœur. Voilà le programme simple et révolutionnaire. Non ?

Qui se parle ici ? Qu’est-ce qui s’échange ici ? Sinon de la monnaie et des « Bonne journée ! » automatiques. Lâchez vos légumes et vos conserves, vos patates et vos produits laitiers. Venez, accourez vers moi. Je suis près des casseroles.

J’aime bien ce voisinage. Car c’est ce que je veux… couper les fils des casseroles que chacun traîne derrière lui… peut-être… même pas. En vérité… en vérité, je ne prétends à rien ! Aucune cause. “Ne vends rien, ne défends rien“, c’est mon credo. Ma voix simplement vous titille, laissez-vous faire. Je vous jure qu’il n’y a aucune embrouille, aucune manipulation. Je ne sers personne. Désire simplement vous parler. Un petit moment à partager. Dans ce super marché, cette oasis de douceur et d’échanges. Voilà le programme. Je vous attends. Venez. Venez, accourez… je vous attends.

Ah ! j’en vois déjà qui arrive. Bonjour Madame, bonjour mon garçon. Ça te fait mal aux oreilles le mégaphone ? (Il baisse le ton.) Je baisse le son. Voilà. Bonjour Messieurs. Belle journée ! Non je vous l’ai dit, je n’ai rien à vendre, rien à donner… attendez, ne partez pas... pas tout de suite. Attendez. Une petite pause. Un petit écart, ça vous irait ? Un petit écart de rien du tout dans la vie quotidienne, non ? Ça pourrait, non ? ça pourrait être bien, le petit écart. Une petite aventure quoi ! Approchez mesdemoiselles, mesdames, messieurs, sans oublier les enfants…

En premier, nous allons tous les remercier. Tous qui ? Qui ? Qui ? Mais voyons, vous savez bien. Ils étaient là et ils sont toujours là. Dans la période de confinement, ils n’ont pas capitulé. Courageusement, ils ont continué masqués, gantés, hydro alcoolisés, à nous servir. Les caissières, les livreurs, les débardeurs… pardon les fournisseurs, et aussi les rangeurs de rayons, les approvisionneurs de tout le nécessaire, les camionneurs aussi… tous de vrais cascadeurs, prenant tous les risques ... pour nous ! Et aussi les techniciens de surface comme on dit… pour nous. Les nettoyeurs en tout genre, pour nous. Les arrangeurs aussi  ! Bien là… oui bien là, se coltinant la sale besogne ! Plus gentils que d’habitude. Vous avez remarqué ça ? Pas vrai Madame. Plus gentils, non ? Vous ne trouvez pas, Monsieur ? Plus présents. Si, si. Comme nous le sommes d’ailleurs, plus présents... ici, nous aussi. On les applaudit. Pourquoi, on ne les applaudirait pas, eux aussi ? On applaudit tout ce beau monde qui nous a servi. Bravo, bravo au personnel de ce super marché. Et on va les applaudir à l’Espagnole ! À savoir des paumes chauffées à blanc, des doigts souples agités joyeusement qui se multiplient par dix, pour devenir des éventails avant de faire leur entrée en scène. Elles peuvent alors, les mains, à la fois détendues et fermes, bien à plat, se frapper l’une contre l’autre, et donner leur maximum d’efficacité, en bruit s’entend, non pas en uppercut. Qu’elles se fassent entendre, Bon Dieu, ces deux mains ! Mais pas que ! Que sec, plein, rond, rythmé, musical… soit leur bruit ! Que les applaudissements montent en bulles dans le ciel, qu’ils en rejoignent d’autres et d’autres et encore d’autres, que la belle rumeur produite ouvre toutes les fenêtres, fasse danser les immeubles, frapper du pied les réverbères, déhancher les murs, sauter les toits, chanter les cheminées. Exploser le super marché. Flamenco le bruit !

Bravo aussi à Monsieur Angelopoulos, le directeur, qui a montré dans cette période critique un sens incroyable des responsabilités, et qui a été si attentif à ses employés et à leur santé. Pas une victime du Corona dans ce super marché. Bravo. Bravo. Rassurez-vous, je ne fais la publicité de personne. Je parle avec mon cœur. Quand c’est bien, c’est bien. Il faut le dire, le crier, même. Allez-y tous. Ensemble. Un, deux trois : C’est bien… C’est bien, c’est bien, c’est bien… il est bien ce « c’est bien », non ? Non, non, non. Arrêtez ! Pas bien ! Une variation. Il nous faut une variation… quelque chose de plus sonore, de plus… de plus envoloppant, dérapant… plus rythmique. Il nous faut… Du rythme. Une variation alléchante, trébuchante, allégoriquement soufflante. Plus adaptée à la situation quoi, cette variation ! Adaptée à l’exceptionnelle de la situation. Attention. Un deux, trois : BIEN C’EST, BIEN C’EST, BIEN C’EST… Nous voilà bien bien lancés, bien bien en voix, bien bien en mouvement. Rien, rien, (il se met à chanter) rien de rien, rien, je ne regrette rien… Rien ne nous arrêtera… Pas vrai, pas vrai ? Partez, restez, que m’importe ! L’important est… l’important, c’est que nos paroles criées s’inscrivent dans… dans les casseroles, qu’elles les fassent exploser, que ces casseroles qu’on traîne derrière nous depuis tant d’années, deviennent de plus en plus petites, se perdent, disparaissent, que nos paroles proférées à l’envi, en rythme, oui en rythme… viennent percuter les murs de nos habitudes, qu’elles sculptent ces murs de pierre en autant de statues de liberté et d’invention. À bas les casseroles, à bas les conserves, à bas les légumes. Non, non, non nous ne sommes pas des légumes ! Pas vrai ? Mais des êtres de sang et de chair. (Il chante ) Sixteen tones… Yeah ! Que le super marché porté par nos voix, par nos désirs, monte droit dans le ciel pour se diluer dans un nuage. Regardez. Tout à l’heure, nous sortirons pour le voir, notre supermarché, volant dans les airs avec Monsieur Angelopoulos le chevauchant et voulant lui rendre son âme, lui faire rendre son âme, le saignant à blanc, son super marché. Bravo maître Angelopoulos ! Il liquidera les rayonnages, les caddies, les caisses. On va tout liquider ici. Tout. Et même le liquide sera liquidé, je vous le dis, je vous le prédis. C’est dit et proclamé. Voilà !

Cette société anonyme est à vomir. Oui, vomissons de concert l’anonymat de nos vies, cette impitoyable poursuite du profit. Cet entassement nauséabond de nos envies téléguidées. À bas la marque ! À bas !! Vous partez ? Pourquoi partez-vous ? Ne partez pas… vous n’allez pas retourner dans les allées lugubres de la consommation ?! dans les eaux glacés du calcul égoïste ?!! comme le dit magnifiquement le compère Marx. Restez avec moi, ne ratez pas le clou de la soirée… Vous le regretteriez toute votre vie… Pour vous, Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, sans oublier les enfants, voilà la chose incroyable à laquelle vous allez assister… gratuitement ! Mais pour que cette chose extraordinaire survienne ... d’abord, il faut sortir… Dehors ! Venez, suivez-moi… venez, n’ayez pas peur. Suivez-moi. En file indienne derrière moi. On y va. Qui m’aime me suive. Nous allons dehors sur le parking, avec nos caddies bien remplis, les vider et surtout dessiner un cercle, un beau cercle, un cercle parfait… 

Bien, vous y êtes. Tout le monde est là. Prêts, prêtes ? Bien. Maintenant, s’il vous plaît, il me faut un silence absolu, une attention absolue, une confiance absolue. 
 Maintenant, il nous faut tendre vos mains vers le ciel… s’il vous plaît, oui… tendez vos bras vers le ciel, et agitez vos mains pour l’appeler. Oui l’appeller… On l’appelle…Viens, viens, viens sacré miracle, viens ! Il va survenir… si vous êtes assez concentrés… il va se produire devant vous. Grâce à vous ! A votre concentration, à votre foi en vous. En nous. En notre pouvoir… vous le voyez maintenant ? Il arrive... qu’est-ce que je vous disais... Il est dans le ciel… ce point là-bas qui se rapproche… qui se dirige droit vers nous… oui madame, voilà.. vous l’avez dit… ce ne sont pas des fake news… la pure réalité va se déposer devant nous, toute nue… et les ignares, les vantards, les soudards, les salopards seront bientôt tous confondus, tous. Ridiculisés. C’est... c’est ? Oui « C’est bien », « Bien c’est », vous pouvez le redire, le répéter et le crier même… mais encore Madame… c’est… c’est quoi, ce bien ? Regardez, il vous entend et il fonce droit vers nous… 

Madame, vous pouvez le dire  maintenant… je vous ai entendu le dire… allez-y ! Vous ne voulez pas ? Très bien… “le drône-Corona“, puisque c’est lui, le drône-Corona fonce sur vous et ne vous épargnera pas ! Ah ! Ça non ! Il sera bientôt là… parmi nous, en nous. En vous. Il a été séduit par le cercle parfait que nous lui avons proposé, séduit par nos mains tendues vers lui qui l’appelaient… un vrai petit diable ce drône-là. Il vient chercher son dû. Vous ? Vous ou vous… (désignant d’autres personnes ) ou vous… à moins que ça ne soit vous ?

HAHAHA vous avez peur… Ah ! Ah ! Lequel, laquelle va-t-il prendre ? Vous Madame ? Mais non je plaisante ! Rassurez-vous. Je plaisante ! Tout est une affaire de dialectique. Le mal appelle le bien. Alors après le mal, le bien, pas vrai ? Et le voici le bien. “ BIEN C’EST“ . C’est bien le bien. Ecoutez mes amis , voici le temps béni des remerciements qui se poursuivent, des applaudissements qui se perpétuent… s’éternisent… Et vous connaissez la suite. Non ? Alors écoutez bien… voilà ce qui va se passer… vous allez avoir le grand honneur d’assister, mieux de participer à cette grande journée inaugurale d’aujourd’hui qui restera à jamais dans les annales du XXIè siècle. Inauguration de ce qui va devenir un véritable rite, initié par nous, mes amis. Ou plutôt, en toute modestie s’entend… par moi. Et ça recommencera comme ça tous les jours… je vous raconte. Approchez vous donc… ne partez pas… tant pis pour vous, moi je continue… les vrais prophètes prêchent toujours dans le désert… et puis après on les célèbre ! On leur donne un nom de rue, un nom de square ou de super marché. Oui, je vais bientôt le destituer, l’Angelopoulos !

Vous la voyez là-bas, dans le ciel, derrière la grande tour, attendant… mon ordre. La soucoupe-drône ! car c’est elle, là-bas, qui attend. La soucoupe-drône va répondre à mon l’appel, va se diriger droit vers nous. Elle n’est encore qu’un point dans l’espace… elle attend que je lui fasse signe… et puis après elle viendra chaque jour avec, à son bord, un nouvel héros, une nouvelle héroïne. Une infirmière, un médecin, un éboueur, une caissière, une bénévole et cet élu, cette élue, niché dans la soucoupe-Corona circulera à la hauteur du troisième étage devant des centaines de mains déchaînées surgies de partout, qui l’applaudiront à son passage. Défilera le héros du jour, l’héroïne de la journée, devant les fenêtres grandes ouvertes, et nous saluerons le héros fier et l’héroïne souriante. Il, elle, ils sont, comme il se doit, bien cambrés en arrière, les bras en l’air. Matador. Matadoresse ! Prêt, prête pour la mise à mort. C’est dit. Manque le taureau-progrès qu’il faut tuer. Mais il est partout. Il suffit de se pencher pour le ramasser et l’occire.

La soucoupe-drône récoltera sa floraison de sourires, de cris, de joies, d’espoirs, de remerciements, de mots, de chansons, de réflexions, de photos, d’argent aussi, et déversera le tout sur les toits des hôpitaux des environs, mais aussi, sur son passage, sur d’autres toits, sur les toits des super marchés par exemple. Mais peut-être… pas…

Puis la soucoupe-drône, un soir fera un saut dans le temps. On la retrouvera, un an plus tard, exactement le 22 août 2021 à 20 heures, dans la même rue.

Les deux applaudisseurs-souvenirs sont bien seuls à frapper, avec la même et belle énergie des deux mains. À l’Espagnole. Mais ils ne sont plus que deux à applaudir. Vous, Madame, qui continuez courageusement à m’écouter, à applaudir, et votre serviteur, ce doux prophète têtu et convaincu que je suis. Nous sommes le 22 août 2021, au milieu d’une foule indifférente qui ne nous regarde même pas. Nous ignore totalement. Nous sommes les seuls à applaudir. On ne sait même plus ce qu’on applaudit. Les voitures sont cul à cul collées, les klaxons déchaînés, les injures proférées, les espoirs oubliés, le chant des oiseaux disparu. Les coffres des voitures sont bien remplis. Les portables sonnent. Tout s’est parfaitement bien remis en place.

Attendrait-on l’arrivée d’un nouveau virus, pour que raison, fraternité, égalité, imagination se fassent de nouveau entendre ?

Quoi... qu’est-ce qui se passe. Où m’emmène-t-on ? J’ai l’autorisation de Monsieur Angelopoulos… demandez-lui. Il m’a permis…  lâchez-moi, lâchez-moi… Vous me faites mal. Vous me faites mal !! Laissez-moi respirer, Bon Dieu !

Res-pi-rer.

© Henri Gruvman
Le 22 août 2020

NB. Nous ne publions plus les contraintes et cahiers des charges d'Oulipodeté, qui alourdissaient un peu le blog. Le but était de donner l'occasion à des auteurs en herbe de se mêler à des auteurs pro, ou du moins à leurs textes ;-)

mardi 25 août 2020

Make Corona great again.

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Rapporté au nombre d'habitants, il y a cinq fois moins de contaminés par le Corona au Canada qu'aux USA. Pourquoi ?

Capture_d_ecran_2020-08-25_a_12.14.44.png

©lic > carte du 25 août 2020 à 10h28 > gisanddata.maps.arcgis.com

USA > 331 millions hab. < 5.740.909 malades

177.279 morts

CANADA > 38 millions hab. < 127.594 malades

9.129 morts

"Make Corona great again (with Donald Trump)"

tweet de @DocteurDuchmoll à >

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vendredi 7 août 2020

La fin du monde est derrière nous.

- Franchement, je m’ennuie.

- Ah bon, mon amour ?

- Oui, je m’ennuie.

- Même avec moi, mon amour ?

- Surtout avec toi !

- Veux-tu que nous fassions un échange, mon amour ?

- Un échange, quel échange ?

- Par exemple, toi, avec le mec de la cave voisine et moi, avec sa femme ! Ils ont l’air charmants. Je les ai aperçus par le croisement de périscopes. Et leur cave a l’air plus fraîche que la nôtre. Entre parenthèses, je ne comprends pas comment ça se fait, parce que le prix d’achat était le même. Bon, quoi qu’il en soit, c’est peut-être pour ça, en tous cas, qu’ils s’aventurent dehors, quelquefois.

- Ah bon, tu veux dire qu’ils accumulent plus de fraicheur corporelle et qu’ainsi, ils résistent mieux aux 60° extérieurs ?

- Oui, bien sûr. En tous cas, pour moi, peu importe la température, je suis chaud comme la braise…

- Toi, tu ne changeras jamais. Tous les prétextes sont bons.

- Prétexte ? Quel prétexte ?

- Le prétexte de la fin du monde !

- Mais ce n’est pas la fin du monde, voyons. Où vas-tu chercher ça ? En 2060, la terre en est encore à peine à sa puberté. Non, moi, je te dis que la fin du monde est derrière nous. Les guerres de religion, les guerres mondiales, tout ça, oui, c’était la fin du monde. Mais pas ce qu’on vit à l’heure actuelle. Ce n’est rien ça, c’est une bagatelle.

- Bagatelle, bagatelle ! Je te vois venir avec ta bagatelle ! Même si c’était vraiment la fin du monde, en plein cataclysme, tu serais encore capable de penser à ça !

- Mais, raison de plus, il faut repeupler, non ?

- Repeupler ? Franchement, ce n’est pas avec des gens comme toi qu’il faut repeupler.

- Ah bon, avec qui, alors ? Avec des gens comme toi, peut-être ?

- Pas des gens comme moi. Des femmes comme moi !

- Des femmes ? Et les hommes, alors ?!

- Justement, tu vas aller dans la cave voisine, mais avec monsieur. Parce que, moi, j’ai rendez-vous avec madame. J’ai ma petite idée et je pense que ça va l’intéresser. Et si j’ai un conseil à te donner, habitues-tu toi bien à la fraîcheur de leur cave. Parce qu’entre toi et moi, il va y avoir comme un grand froid !

© Nicole Desjardins

mercredi 22 juillet 2020

La fin du monde est derrière nous.

Oulipodeté âtre, contraintes d'écriture du Jeu 10.

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D’un monde à l’autre.

- Papy, est-ce que les moustiques piquent aussi les savants qui étudient les moustiques ?

- Oui et non.

- Oui ou non ?

- C'est une question de point de vue, Sophie. Ça dépend dans quel camp tu es. Celui des moustiques ou celui des savants ?

- A ton avis ?

- A mon avis, tu es à Lacan pagne.

- Wouaf, wouaf ! Papy... je croyais que tu avais pris ta retraite de psy.

- Ah ! C'est pour cela que tu n'es plus patiente ?!

- Papy ! Arrête ça tout de suite ! Moi ! Ta petite-fille préférée, et tellement préférée que tu n'en as pas d'autres ! Faire de moi le pagne de Lacan ?!

- Oui mais... à la campagne !

- Tssss...

- Si dans le non-sens de la vie, on ne peut même plus jouer avec les mots...

- Pppfffffffffffffftttt.

- J'aurais bien aimé photographier ce soupir ! Tu peux me le refaire ?

- Papy ! Est-ce que les moustiques piquent aussi les savants qui étudient les moustiques ?

- Ce que je veux dire, ma chère Sophie, c'est que, faute de mesures objectives et de chiffres assurés pour te répondre, je dirais que les ennuis dépendent beaucoup de la perception que l'on en a.

- Hum... tu abandonnes les signifiants de Lacan pour le positivisme américain ?

- Pas du tout. J'élargis l'affaire. Prenons le signifiant en question, ici le mot "moustique". Je suppose que rien que d'y penser, ça te pique et ça te rappelle des souvenirs désagréables. Alors que pour un entomologue diptérologue spécialisé dans les moustiques, eh bien, ça lui rappelle sa passion.

- Tant de passion, tant de sang !

- Et pour les piqûres de moustique, j'ai l'impression que ce sera pareil. La démangeaison désagréable est sans doute compensée pour lui par l'agrément de son analyse : quand ai-je été piqué, par quoi, où cela, et les autres, aussi ou pas ? Donc il n'aura sans doute pas l'impression d'être piqué aussi souvent que le commun des mortels.

- Super. Merci papy. Je crois que je vais me mettre à étudier les mecs d’un peu plus près.

© Dr Groucho Duchmoll

mardi 21 juillet 2020

D’un monde à l’autre.

- Papy, est-ce que les moustiques piquent aussi les savants qui étudient les moustiques ?

- A ton avis ?

- Oui, et ils ont bien raison !

- Pourquoi, ma puce ?

- Parce que : ils viennent délivrer leurs copains.

© Nicole Desjardins

jeudi 16 juillet 2020

D’un monde à l’autre.

Soir d'été à la campagne.
Julie, dix ans, écrase un moustique aimant son bras.

- Papy, est-ce que les moustiques piquent aussi les savants qui étudient les moustiques ?

- Surtout eux sont piqués, les savants. Les moustiques les voient tout le temps. Normal, qu'ils les piquent. Normal non, ma jolie petite moustique à moi ? Normal !

- Je te pique alors puisque je suis ta moustique. Normal, non ?

- Et avec quoi ma jolie veut-elle me piquer ?

- Avec la pointe, la pointe jolie de mon compas joli va piquer le gros Papy.

- Oh la méchante qui veut piquer son gros Papy !

- Il n'a qu'à pas me traiter de moustique, le méchant Papy.

- Est ce que j'aurais vexé ma Julie ?

- ...

- Oh oui..

- ...

- Ne fais pas la tête… Excuse-moi… Excuse ton méchant Papy… Mais, tu sais… mon moustique était un moustique très affectueux…

- Alors si c'est affectueux, ça ne pique pas ?

- Ça ne devrait pas, en tout cas.

- Et si ça pique quand même ?

- Dans ce cas, deux solutions. Soit tu as une peau vraiment trop sensible aux piqûres, une peau si sensible qu'elle ne fait pas la différence entre une caresse et une piqûre…

- Ah si ! moi je fais la différence.

- Soit le moustique n'est pas vraiment affectueux… Ta peau le perçoit, et à raison, tu te sens piquée.

- Alors, il n'était pas vraiment affectueux…

- Quoi ?

- Ton moustique. Pas affectueux… pas affectueux du tout. Et même un peu... un peu... un peu au-dessus...

- Au-dessus ! Normal pour un moustique d'être au-dessus ! Non, ne te mets pas en colère... Quelle susceptibilité ! Excuse-moi. Je plaisantais... Ce n'était pas du tout au-dessus ! Alors maintenant, dis-moi… pourquoi "pas affectueux" ?

- Parce que… parce que j'ai été piquée. C'est clair, non ? Normal non, d'être piquée quand... quand on vous met en-dessous.

© Henri Gruvman

16 juillet 2020

mercredi 15 juillet 2020

D’un monde à l’autre.

Oulipodeté - Contraintes du Jeu 9, jusqu'au 22 juillet inclus.

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